Des dinos à plumes, l’île d’Aix … et James

Nouvelle sortie menée par James ce 18 août 2022, sous l’écoute attentive et captivée de quelque 35 intéressés. Nous sommes postés sur l’Anse du Saillant au début de la marée descendante. Au fur et à mesure que la mer découvre, l’estran devient zone de nourrissage pour les oiseaux dont nous guettons l’arrivée.

Point pratique et indispensable avant toute tentative d’observation, James nous éclaire sur la bonne manière de régler nos jumelles. Il ne suffit pas de régler l’écartement des yeux et la netteté avec la molette mais également d’ajuster chaque œil grâce à l’œilleton.

Histoire et terminologie :

L’ornithologie est une science récente. Initialement elle s’appuie sur des écrits anciens du Clergé - même si de nombreuses interprétations étaient pour le moins farfelues. Depuis les années 2000 un nouveau protocole vise à opérer à partir de bases de données afin d’étudier mieux les espèces dans la durée et avec objectivité. Les données sont récoltées soit par la pose de bagues, soit par des balises GPS miniaturisées mais dont le coût est très élevé et qui présentent encore des contraintes techniques importantes (durée de vie de la batterie*) et enfin grâce aux observations faites directement sur le terrain par les ornithologues.* Max la cigogne a pu être suivi pendant 15 ans grâce à une balise alimentée en panneaux solaires !

On qualifiera d’oiseau tout animal à plumes. Et tout oiseau descend des dinosaures. Leur température interne est de 40° et leur « doudoune » les rend invincibles au froid. Ils sont en revanche plus vulnérables aux fortes températures et l’absence d’eau douce leur est plus fréquemment fatale.

Août en France :

La période de reproduction est terminée. On n’entend presque plus de chants d’oiseaux. Le plancton aérien est plus rare ce qui occasionne le départ de certaines espèces migratrices. Par exemple, le martinet ne se posera plus jusqu’au mois de mai. 

 

Migration :

Nombreuses sont les espèces qui migrent de la Russie vers la Mauritanie et ne sont alors que de passage sur la France. De façon générale, l’oiseau opte pour la stratégie de ne pas rester au même endroit. C’est ainsi que les oiseaux de Hollande descendent vers la France tandis que les oiseaux de France migrent vers l’Espagne.

Nous observons donc hérons, goélands, mouettes, sternes (dites hirondelles de mer), aigrettes et courlis.

A l’instar des rapaces, les laridés produisent des pelotes de réjection dans la mesure où leur nourriture comprend rongeurs, petits mammifères ou insectes. Le plus gros d’entre eux, le goéland marin, mange même d’autres goélands et des mouettes. On le distingue clairement sur la photo où il tient ses congénères à distance.

Les 3 hérons ici présents défendent leur territoire. Ils ne repartiront vers leur site de nidification qu’en janvier. En l’absence de dimorphisme sexuel, nous ne saurons pas s’il s’agit de mâles ou de femelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Migration et légendes :

Ayant observé des changements au fil des saisons, les anciens en avaient déduit que certains oiseaux avaient des pratiques bien spéciales. C’est ainsi que les hirondelles se regroupant dans des roselières 24h avant leur grand départ, lorsque plus une seule hirondelle n’était visible on pensait qu’elles s’étaient enterrées dans la vase.

De même avec le départ des uns et l’arrivée des autres, le rouge-gorge se transformait en rouge-queue ou le coucou en épervier !

Le « langage » chez les oiseaux :

Le chant est un mode d’expression « belliqueux » qui sert uniquement à marquer le territoire y compris en période de reproduction. Ainsi la femelle ne chante jamais sauf pour quelques espèces. Lors de la migration prénuptiale, les mâles arrivent en premier afin d’investir un territoire.

Les cris sociaux diffèrent du chant. Les oiseaux ne communiquent pas d’une espèce à l’autre. Comme chez les rapaces, les hirondelles ont un cri d’alarme pour prévenir de la présence d’un prédateur. Le goéland quant à lui a un langage très élaboré riche de 40 phrases environ. Mais les cris ne constituent pas le seul moyen de communication ; mouvements d’ailes ou attitudes de vol peuvent également transmettre des informations. Le rouge-gorge bombera le torse et redressera la tête en cas d’intrusion sur son domaine et même à la simple vue du rouge. Il peut livrer combat jusqu’à la mort.

Moyenne d’âge :

Autant dire qu’il n’y en a pas. Cela va du rouge-gorge (5 ans) à l’albatros (80 ans) !

Oiseau nordique et nicheur dans le nord en France, le pétrel fulmar vit environ 50 ans. De par son alimentation, sa nécropsie est précieuse pour tenter de comprendre et d’anticiper certains phénomènes biologiques comme l’ingurgitation du plastique et son retentissement sur l’organisme.

Biodiversité menacée ?

Certaines espèces tendent à disparaître tandis que d’autres ne se sont jamais aussi bien portées. Les premières données protocolées à l’échelle de la France datent de 1989 or le protocole de recensement ayant changé depuis les années 2000, les données ne peuvent être comparées avec sérieux.

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Tant et tant de choses à dire encore et les questions se succèdent mais le soleil chauffe, les estomacs grondent. Il faut libérer James mais nous lui donnons rendez-vous pour d’autres sorties captivantes …

Merci à lui, merci à tous

Base nationale :

Accueil - www.faune-france.org

Accueil - www.faune-charente-maritime.org

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Sur Aix, on constate la perte de 5 espèces mais aussi un plus grand nombre d’acquisitions.

La présence de prédateurs est en revanche toujours un bon indicateur sur l’état de la chaîne alimentaire. Notons au passage qu’un prédateur s’attaque généralement à l’élément déviant d’un groupe, d’où l’instinct grégaire marqué chez la plupart des espèces.

Un comportement modifié au sein d’une espèce est signe d’adaptabilité aux changements et assure la survie de celle-ci.

La présence d’éoliennes en mer selon son implantation ne représente qu’une très faible mortalité pour les oiseaux. Elle constitue également la formation de véritables viviers sous-marins, augmentant la biomasse et nourrissant ainsi la chaine alimentaire.

Le cormoran, redoutable prédateur pour les pêcheurs ou faux concurrent ? Contrairement à toutes sortes de chiffres avancés, il ne mange que 600g de poisson en été et 300g en hiver. La plupart de ses proies ne sont pas celles appréciées par l’homme.

Sur l’île d’Aix comme dans beaucoup d’endroits, l’hirondelle de fenêtre a déserté ; les revêtements des maisons modernes ne lui permettent plus de nicher.

Le fou de Bassan dépense plus d’énergie à trouver des proies depuis que les chalutiers ne doivent plus rejeter leur pêche indésirable en mer.

Les modifications du littoral (construction de digues par ex) impactent directement la fréquentation des espèces. Sur Aix, les jeunes tadornes qui naissent sont bloqués par la digue, et se font manger par les pies et corneilles.

Les importations d’animaux, comme de plantes sont fréquemment sources de problèmes. Le faisan venu d’Asie (prédateur pour les reptiles) ou le ragondin venu d’Amérique du sud en sont l’illustration.

Avec la fin de l’agriculture sur l’île ce sont les pinsons, les bruants, les chardonnerets et les linottes qui ont déserté. Les espèces granivores y sont devenues anecdotiques.

L’île d’Aix est un lieu de passage hautement fréquenté : le 17 août 2022, James aura dénombré (puis renseigné la base nationale) environ 120 bécasseaux Sanderling et 250 tournepierres. En 50 ans, 230 espèces ont été vues sur l’île, soit le tiers des espèces présentes en France. La pointe de Jamblet est un véritable reposoir pour ces visiteurs. Il est impératif de ne pas les déranger à marée haute. Huit couples de petit-ducs y ont élu domicile, soit la plus forte densité en France. Le fameux pigeon messager, le pigeon biset domestique (en remplacement du pigeon sauvage de souche qui n’existe plus) y est représenté par une dizaine d’individus contre environ 1000 pigeons ramiers (ou palombes) que l’on reconnaît par leur taille imposante et une barre blanche sur l’aile.